mardi 12 décembre 2017

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Le témoignage du résident du Baol sur Serigne Touba

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Cheikh Ahmadou Bamba priant en mer
Cheikh Ahmadou Bamba priant en mer

En 1895, les français, en exilant au Gabon le fondateur du Mouridisme, s’étaient certes situés dans les conjonctures d’une époque de colonisation au cours de laquelle diverses résistances leur avaient été opposées par la royauté, l’aristocratie locale et les marabouts conquérants au service de l’Islam, etc… Mais vingt ans après le retour d’exil de Ahmadou Bamba, relativement fait accepté leur autorité sur le pays, les colonisateurs devaient reconnaitre le mal-fondé de leur jugement sur le vénéré Saint et tenter ainsi sa réhabilitation.

En 1915, après deux années et demie de séjour dans le Baol où s’était retiré Ahmadou Bamba, le Résident de l’époque Antoine de Lasselves devait, dans un dernier rapport, sans doute le seul objectif depuis 1895 sur le fondateur du mouridisme, s’adresser en ces termes aux instances supérieurs de l’AOF :

« Après deux ans d’observation et avant de quitter le commandement du cercle du Baol, j’ai l’honneur de vous exposer les remarques que j’ai pu faire sur Ahmadou Bamba et les mourides.

Dans sa remarquable étude sur Ahmadou Bamba et les mourides, M. l’officier interprète Marty lui prête dans sa jeunesse les intentions de réunir entre ses mains la puissance temporelle à la puissance spirituelle. Dans plusieurs de nos conversations, j’ai parlé au Serigne des projets qui lui étaient attribués. Il s’en est défendu, m’a dit que ses rapports avec les chefs du pays avant notre arrivée avaient été les mêmes que ceux qu’il avait eus avec nous.

Au début Alboury, le Bourba Djoloff,Lat Dior le Damel, le Teigne Tanor, s’était méfiés de lui, l’avaient surveillé et tenu à distance puis dès qu’il l’avait connu, avait recommandé qu’on le laisse en paix et qu’on lui laisse la tranquillité. Il aime rappeler cela et il n’a pas manqué de le faire dans une lettre à M. le lieutenant-Gouverneur du Sénégal par laquelle il le remerciait d’un cadeau de livres arabes.

Nous ne pouvons affirmer, malgré ses dénégations, que dans les débuts de sa carrière de Serigne, Ahmadou Bamba n’ait pas espérer se créer un royaume dans le Baol et le Cayor, mais nous sommes certains qu’actuellement il n’aspire qu’à la tranquillité, à la liberté de se livrer sans entrave à ses études théologiques, juridiques et littéraires. Chacun s’accorde à reconnaitre que pour un noir il est remarquablement instruit en arabe (langue et littérature) et a des connaissances surprenantes sur les œuvres des auteurs arabes, pour un noir du Sénégal qui n’est pour ainsi dire pas sorti de son pays

Les petites baraques en planches que contient en si grand nombre la grande enceinte de tôle ondulée dont l’existence effraye pas mal de personnes qui y voient une puissante fortification, ces petites baraques, dis-je, renferment surtout des livres. Une quarantaine de cases indigènes réunies dans une enceinte du village de Touba sont aussi pleines de livres arabes, renfermés dans des malles de toutes formes et de toutes dimensions ; des copistes maures sont toujours occupés à lui copier des manuscrits en les enjolivant d’arabesques coloriés.

Il partage son temps entre la lecture, l’enseignement qu’il donne le plus souvent en plein air, se servant du sol sablonneux comme d’un tableau sur lequel il trace avec son doigt de petits schémas destinés à appuyer des démonstrations et à aider les mémoires de ses auditeurs. Il fait de longues promenades dans les allées ménagées entre les tapades de taule de l’entourage de son campement, se livrant à la méditation et cherchant surtout à se soustraire à la vue de ses fidèles et des nombreux quémandeurs qui l’assaille. C’est surtout dans ce but qu’il a fait de si hermétiques clôtures.

Tout l’argent dont il peut disposer est employé en aumône, en cadeau à ses cheikhs, à l’entretient de certains de ses parents et fidèles, en achats de matériaux pour l’embellissement ou l’agrandissement de son campement, en achat de livres, divers objets tels que lits, lampes malle, etc.

Son influence sur les indigènes est considérable non seulement sur ses adeptes qui le considèrent comme incarnation de Dieu, mais aussi sur tous les autres musulmans qui le déclarent un saint marabout, le plus pieux et le meilleur serviteur de Dieux, qui a obtenu des grâces spéciales.

Chaque fois que j’avais à reprocher à des mourides et j’avais l’occasion d’en parler au Serigne je lui disait : « je sais bien que tu es pour rien dans cette affaire que si les coupables avaient suivi tes conseils ils n’auraient pas fait cela, mais n’empêche que les gens qui ne sont pas au courant te rendent responsable de cela, si nous n’étions pas mieux renseigné aujourd’hui tu supporterais les conséquences des fautes de tes talibés comme cela t’est malheureusement arrivé plusieurs fois.

Ahmadou Bamba s’empressait de me montrer les instructions qu’il composait pour régler la conduite de ses talibés et dois-je reconnaitre que si ces dernier s’y étaient conformés nous n’aurions jamais eu aucune observation ni aucune poursuite à exercer.

Cette manière de traiter le Serigne nous a pleinement réussi, elle lui a assuré sa tranquillité, ce dont il nous a été très reconnaissant ; en ne le mêlant pas aux infractions dont se rendent coupables ses talibés nous nous trouvions être dans la vérité car il n’avait aucune responsabilité dans ces actes et le plus souvent c’est par nous qu’il les apprenait, lorsque nous avions occasion de lui parler.

En le traitant avec la déférence que l’on doit avoir à l’égard d’un homme âgé, instruit et bien supérieur comme moralité à ses semblables et respecté par eux, qui a conscience de tout cela, nous avons rapidement acquis sa confiance et une influence indiscutable sur lui.

Nous pouvons dire qu’Ahmadou Bamba n’est pas un ingrat car il a conservé une réelle reconnaissance à ceux qu’à tort ou à raison, il considère comme ayant agi pour le faire revenir du Gabon et de Mauritanie.

Ahmadou Bamba vit dans son campement de Diourbel de la façon que nous avons dite. Mon prédécesseur lui demanda lorsqu’il fut autorisé à s’établir sur le plateau de Diourbel de faire construire une maison en pierre pour bien marquer son consentement de s’établir là définitivement, une belle maison fut construite comme par enchantement, mais elle est resté en dehors du campement du Serigne ; n’y habite que des passagers, Ahmadou Bamba ne se trouve bien que dans ses baraques en planches.

Au point de vu physique Ahmadou Bamba paraît être un homme de 55 ans, sec, très bien portant, il paraît ne pas avoir une très bonne vue. Il est d’une sobriété remarquable ne prenant qu’une petite quantité de nourriture. Il fait usage de café et de thé, surtout de café. Un jour que nous lui avons fait venir pour converser avec lui, nous fîmes devant lui du café avec une cafetière russe. Il fut émerveillé mais fit quelques difficultés pour accepter de goûter à l’infusion qu’il avait vu fabriquer devant lui.

Finalement il accepta une demi-tasse de café qu’il voulut boire sans sucre, le sucre que j’avais en ma disposition n’étant pas du sucre « talgi » à l’usage exclusif duquel il s’était astreint. Je lui fis cadeau de la cafetière qu’il acceptaavec plaisir. Le surlendemain je vis arrivé son envoyé qui venait de sa part me rendre compte que la cafetière marchait très bien et que le café était excellent mais que le Serigne ne pouvait pas accepté ce cadeau sans me donner quelque chose en échange et joignant le geste à la parole il posa sur ma table 60 francs en espèce, en pièces de 5francs.

J’eus toute les peines du monde à faire reprendre cet argent et je dus envoyé un émissaire spécial pour faire comprendre au Serigne que je lui avait fait ce cadeau gratuit et le peu de valeur de cette cafetière ayant été déjà acheté depuis longtemps et valant à peine huit francs.

A propos de cette tasse de café offerte au Serigne je dois citer un détail qui montre qu’il a conscience de sa situation. Lorsqu’il finit de boire il me dit que cette tasse devait être conservée sans que personne n’y boive plus désormais.

Sa puissance sur ses talibés est immense et nous avons aussi remarqué que les autres musulmans le considèrent comme un homme ayant reçu des grâces spéciales, en tous les cas comme un saint homme.

Je viens de parler de toutes les personnalités mourides avec lesquelles j’ai été en contact. Je n’en vois aucune capable de prendre la suite d’Ahmadou Bamba s’il venait à disparaitre. Aucune n’aurait son autorité, la grâce divine que l’on attribue à sa personne. Ils sont d’ailleurs tous jaloux les uns des autres et aucun ne consentirait à reconnaitre la supériorité de l’un d’eux. Leurs rivalités pour obtenir une place de choix auprès du chef de la secte sont continuelles ; que serait ce s’il disparaissait ? Ce serait probablement la dislocation du mouridisme d’Ahmadou Bamba et la formation de plusieurs églises avec un de ses frères ou de ses cheikhs à la tête de chacune.

Nous regrettons vivement de ne pas avoir suffisamment de temps pour pénétrer à fond les secrets de cette organisation et de ne pouvoir un exposé précis et complet »

1913 et 1915, était la période à laquelle Antoine de Lasselves était administrateur du cercle de Diourbel. Ce dernier qui fut à ses débuts très arrogant envers le cheikh, finit par consigner, dans un de ses rapports au gouverneur de Saint Louis ce qui suit :

« Ce Cheikh Bamba détient certes une puissance inné dont la raison ne parvient pas à saisir la source et expliquer la capacité de forcer la sympathie. La soumission des hommes envers lui est extraordinaire, et leur amour pour lui les rend inconditionnels.

Il semble qu’il détienne une lumière prophétique et un secret divin semblable à ce que nous lisons dans l’histoire des prophètes et de leurs peuples. Celui-là se distingue toutefois par une pureté de cœur, par une bonté, une grandeur d’âme et un amour du bien aussi bien pour l’ami que pour l’ennemi ; qualités pour lesquelles ses prédécesseurs l’auraient envié quelque grand que fussent leurs vertus, leur piété, leur prestige. Les plus injustes des hommes et les plus ignorants des réalités humaines sont ceux qui avaient porté contre lui de fausses accusations, consistant à lui prêter l’ambition du pouvoir temporel.

Je sais que les prophètes et les saints qui ont mené une guerre sainte, l’ont faite sans disposer de la moitié de la force dont dispose ce cheikh »

 

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