mardi 12 décembre 2017

O Opinions

L' alchimie de l' opinion des cons, des imbéciles et des intelligents

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Iconoclaste jusque devant l’Éternel, Abdou Ndukur Kacc Esilwa Ndao a donné un accès d’urticaire à l’ensemble de ses lecteurs en procédant dans son dernier post à la critique de l’opinion publique au Sénégal à partir d’une grille de lecture empruntée au philosophe italien Maurizio Ferraris.

S’il y a un mot qui résume l’état des opinions publiques dans le monde, c’est bien l’influence du facteur « documedial », autrement dit l’impact des idées produites et véhiculées par les mass-media sur la formation de cette fraction de la pensée générale appelée l’opinion publique. Mais à qui revient la paternité de cette doxa ? Ce sont les animateurs de radio et de télévision ainsi que les journalistes dont les statuts sont d’ailleurs souvent confondus par les profanes.

Un phénomène de starisation est apparu parmi les premiers grâce à la place hégémonique occupée dans les programmes radiophoniques et télévisés. C’est dire l’impact considérable que peuvent avoir sur les auditeurs et les téléspectateurs les variations lexicales de leur expression, leurs manières de s’habiller ou de se coiffer. A un point tel qu’aujourd’hui ces stars sont de plus en plus des vecteurs de publicité de maisons de couture, de salons de coiffure, etc. Pour trouver leur inspiration, ces icônes n’en mènent pas large. Elles se font l’écho de ce qui se dit dans la rue, dans les foyers ou dans leur propre environnement social. Ainsi se produit le bouillon de culture populaire qui se répand par infusion de certaines locutions et perceptions dans l’esprit des adeptes du prêt-à-porter sémantique (moko yoor, daay dem, du dem, door marto, dor waar, amul rezo, yeppam nieuwoul…). L’encodage de ce langage typiquement urbain entraîne de la part du non initié un effort de reconstruction de sens pour être en phase avec ses interlocuteurs. Mais en dehors de l’effet de mode, il n’en résulte fondamentalement ni un enrichissement de la langue ni une capacité de conceptualisation de cette novlangue. De ce point de vue, c’est plutôt au développement d’une « pensée » circulaire sans grande épaisseur socio-linguistique que l’on assiste.

Dans presque toutes les rédactions, les journalistes quant à eux suivent des lignes éditoriales qui sont tracées. Ce corset peut limiter leur liberté de penser et de ton. On peut le regretter au regard de la bonne formation initiale qu’ils reçoivent en général avant d’entrer dans la profession. En outre, ils ont du mal à se soustraire au tropisme de leurs deux spécialisations favorites : la politique et le sport. Il y a presque un désert dans l’offre de programmes culturels. Ce déficit est heureusement compensé par l’ouverture de nos fréquences de télécommunication aux médias étrangers, et, il faut l’ajouter par les belles inventions que constituent la télécommande et la modulation de fréquence. Ces outils permettent à ceux qui le désirent de composer leur menu au lieu de subir le diktat des programmes de telle télévision ou de telle radio.

Les vraies questions à poser sont les suivantes : y a-t-il un affaissement de l’opinion publique au plan de la qualité des débats adressés et des discutants conviés pour les traiter ? Le cas échéant, quelle est la responsabilité des gens intelligents c’est-à-dire des intellectuels dans l’existence de cette tendance ?

La multiplication des journaux, des radios, des télévisions sont objectivement l’expression d’une vitalité du secteur de la communication. Cette offre répond à un besoin qui existe. Mais si l’on considère que seules les élites intellectuelles devraient y avoir la voix au chapitre, on donnerait de l’opinion publique une dimension réductrice. Les savants, les intellectuels médiatiques organiques ou neutres, les intellectuels arabisants, d’autre part lesdits cons et imbéciles incapables de soutenir la comparaison avec les premiers ont aussi leurs mots à dire en tant que citoyens et êtres humains tout court porteurs de messages destinés à être entendus, écoutés, validés ou rejetés. C’est selon….

La tendance à l’uniformisation qui appauvrit le regard sur le monde peut certes exaspérer les esprits les plus exigeants. Mais dans les sociétés que nous constituons, il n’y a pas que la voix des élites qui compte. Il n’y a pas non plus que des cons et des imbéciles. Sinon il n’y aurait plus aucune raison pour continuer à décerner des prix Nobel, Goncourt et consorts. A toute situation il faut trouver un point d’équilibre

 

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