L’ abstention de la France lors du vote de la résolution de l’ ONU sur l’ esclavage des Africains comme le plus grave ctime vontre l’ humanité est une desertion morale.
L’Histoire n’est pas un vestiaire où l’on dépose ses responsabilités selon la météo diplomatique ou les intérêts du moment.
Ce qui s'est joué à l’ONU en ce mois de mars 2026 n’est pas un simple débat de procédure, c’est une seconde mise en terre imposée à nos ancêtres par ceux-là mêmes qui se disent les architectes du monde moderne.
Ici, en Martinique, notre terre ne murmure pas sa douleur, elle hurle une vérité que les chancelleries tentent encore d’étouffer sous les tapis des assemblées. Nous portons dans notre chair l'espoir que la vérité soit enfin gravée dans le marbre de l'universel, mais nous constatons avec une froide lucidité quel a France a choisi le silence de l’abstention concernant la résolution qualifiant la traite des Africains et l’esclavage de "plus grave crime contre l'humanité".
Cette abstention n'est pas une neutralité technique, c’est une désertion morale. Pour un pays qui se revendique le berceau des Droits de l’Homme et qui fut, par la loi Taubira en 2001, le précurseur de la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité, ce recul est une abdication historique.
S’abstenir face à l’indicible, c’est considérer que la dignité des millions d’âmes jetées à la mer est une variable négociable sur l'autel de la géopolitique. On ne nuance pas l'horreur, on ne met pas en balance le crime suprême avec des réserves juridiques de salon. En choisissant de ne pas dire « oui », la France s'est extraite de la grandeur qu'elle prétend incarner, laissant ses propres citoyens des Outre-mer face à un mépris qui ne dit pas son nom.
Comment occulter que trois nations ont osé opposer un « non » frontal à la reconnaissance du crime le plus grave de l’histoire humaine. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont érigé un mur de cynisme contre la mémoire. En refusant de nommer pleinement l'horreur, ces États tentent de protéger leurs fondations du miroir de la vérité. Ils disent au monde que notre sang n’a pas encore assez de valeur pour mériter une justice sans équivoque.
Oui, les puissants refusent de reconnaître le sol de sang sur lequel ils ont bâti leur empire. Nos ancêtres n’ont pas eu le luxe de l’abstention quand les fers se refermaient sur leurs chevilles, ils n’ont pas eu le choix de la nuance sous le fouet des colons.
La mémoire n’est pas une option ou un dossier sensible, elle est notre souveraineté. La France et ses alliés du déni ont eu peur de la vérité, mais la vérité ne demande pas de permission pour exister.
Par Serge Letchimy,
Président du Conseil Exécutif de Martinique