Monsieur le ministre Mamadou Lamine Diante, fragile gouvernement n’a pas besoin de nouvelles bourrasques.

Selon plusieurs informations relayées dans l'espace public, vous envisageriez de sanctionner les fonctionnaires absents de leur poste de travail au lendemain de la célébration du Grand Magal de Touba 2026.

Si cette information devait être confirmée, elle constituerait une décision inopportune, insuffisamment adaptée au contexte national et potentiellement porteuse de tensions inutiles.

Comme trop souvent, lorsqu'une administration est confrontée à des difficultés d'organisation, la tentation est grande de privilégier des mesures coercitives plutôt que de rechercher des solutions adaptées aux réalités du terrain.

Le Grand Magal de Touba n'est pas une manifestation ordinaire. Il est l'un des plus grands rassemblements religieux au monde et un événement majeur de la vie nationale sénégalaise.

Chaque année, des millions de Sénégalaises et de Sénégalais, de toutes origines sociales et, parfois, de toutes confessions, convergent vers Touba pour répondre à l'appel de Serigne Touba. Ils y vivent un moment de spiritualité, de partage, de solidarité et de fraternité. Ils prient pour la paix, la stabilité, l'unité nationale et la cohésion sociale du Sénégal, de l'Afrique et du monde.

Au-delà de sa dimension religieuse, le Magal constitue également un puissant moteur économique. Les dépenses de transport, d'hébergement, de restauration, de commerce et de services génèrent une activité considérable qui profite à de nombreux secteurs de l'économie nationale.

Conscient de cette importance, l'État mobilise chaque année d'importants moyens humains, matériels et financiers afin d'assurer le succès de cet événement, notamment à travers les forces de défense et de sécurité, les services de santé, les sapeurs-pompiers, les collectivités territoriales et l'ensemble des administrations concernées.

Dans ces conditions, annoncer des sanctions contre des agents qui, au lendemain du Magal, pourraient être confrontés à l'absence de moyens de transport ou à des difficultés objectives de déplacement paraît peu compatible avec les réalités logistiques d'un événement d'une telle ampleur.

Une administration moderne ne se résume pas à sanctionner. Elle doit savoir anticiper, organiser, dialoguer et adapter son fonctionnement aux réalités nationales.

Monsieur le Ministre, vous êtes naturellement libre de porter votre propre appréciation sur le Magal. Vous êtes libre de ne pas y participer ou de ne pas partager sa dimension spirituelle. En revanche, en votre qualité de membre du Gouvernement, vous avez le devoir de tenir compte de son importance religieuse, sociale, culturelle, économique et symbolique pour des millions de Sénégalais.

Le rôle d'un responsable public est d'apaiser plutôt que de créer des tensions, de rechercher des solutions plutôt que de susciter des incompréhensions.

Une mesure perçue comme inadaptée risquerait de produire l'effet inverse de celui recherché : fragiliser le climat social, alimenter des polémiques inutiles et détourner l'attention des véritables défis de l'administration publique.

Le Sénégal a toujours su préserver un équilibre remarquable entre la République et les grandes expressions de sa vie religieuse. Cet équilibre constitue l'une des forces de notre nation et mérite d'être préservé avec discernement, respect et responsabilité.

Il convient également de rappeler un fait qui restera gravé dans la mémoire collective des Sénégalais. Au plus fort de la pandémie de la COVID-19, alors que le monde entier traversait une crise sanitaire sans précédent, la communauté mouride a maintenu la célébration du Grand Magal de Touba. Pour les disciples de Serigne Touba, cet acte constituait l'expression de leur attachement profond à l'héritage spirituel du Fondateur du mouridisme et à la fidélité à ses enseignements.

Pour des millions de fidèles, le Magal ne constitue donc pas un simple événement du calendrier. Il est un acte de foi, de gratitude envers Dieu et de fidélité aux prescriptions de Cheikh Ahmadou Bamba.

Cette réalité mérite d'être appréhendée avec toute la mesure qu'impose l'exercice des responsabilités publiques. Gouverner, c'est aussi savoir adapter l'action administrative aux grandes réalités du pays, dans le respect des principes de la République, de la cohésion sociale et de la liberté de culte.

Monsieur le Ministre, il est encore temps de privilégier le dialogue, la pédagogie et des mesures réalistes plutôt que des sanctions dont l'application s'annonce particulièrement difficile compte tenu des contraintes de transport et de mobilité qui suivent traditionnellement le Magal.

En gouvernance, un bon remède est celui qui soigne sans fragiliser davantage le patient.

Votre Gouvernement est aujourd'hui attendu sur des priorités majeures : la réduction du coût de la vie, la résorption des abris provisoires dans les établissements scolaires, le règlement de la dette intérieure, la préservation des équilibres financiers, le renforcement de la sécurité aux frontières, la création d'emplois durables pour les jeunes et la lutte contre l'émigration irrégulière.

Ce sont sur ces défis que les Sénégalaises et les Sénégalais attendent des réponses fortes. Une controverse autour d'une mesure difficilement applicable au lendemain du Grand Magal ne ferait que détourner l'attention des véritables urgences nationales.

La sagesse en gouvernance consiste à distinguer ce qui est juridiquement possible de ce qui est politiquement opportun et socialement acceptable. C'est à cette condition que l'autorité de l'État se renforce et que la confiance des citoyens se consolide.

Souleymane Boun Daouda DIOP, Disciple de  Mame Cheikh Ibrahima FALL Lamp Baboul Mouridina.